Ridja.blog : Tout d'abord, comment allez-vous monsieur le ministre?
Tant qu'on a la santé qui est la plus riche valeur de l'être humain, on répond toujours que « ça va »
Ridja.blog : Cette traversée du désert vous parait-elle insupportable?
Dès le premier instant où j'ai décidé de m'engager en politique pour défendre des convictions et des aspirations légitimes et profondes de mon pays auxquelles j'y crois, je savais que ce chemin était périlleux et spécialement dans un environnement précaire comme le tiers-monde et l'Afrique précisement.
Ridja.blog : Quel était votre rôle au sein du régime de mohamed bacar?
Ma fonction était celle du ministre de l'intérieur de l'île autonome d'Anjouan et mon rôle était de servir mon pays à travers cette fonction avec mon temperament propre et une prise de positions volontaristes. Je ne recule que rarement devant l'obstacle. Je m'inscris dans une logique visant au respect de l'adversaire, au respect du partenaire et à privilegier la concorde.
Ridja.blog : En quoi les accords de fomboni peuvent être déterminants pour l'avenir de l'union des comores?
Cette question en appelle d'autres. Avant de répondre, il faut d'abord se demander pourquoi y a – t-il eu les accords de Fomboni ? Et à quoi ces accords ont-ils servi ?
Dans ce cas, je répondrai que le pays Comores depuis son accession à l'indépendance, n'a eu de cesse d'être instable à cause du fait qu'avant 2001, il n'y avait jamais eu de constitution soumise directement au suffrage universel et que chaque chef d'Etat arrivé à la tête du pays, s'en confectionnait une sur mesure. Cette instabilité du pays a conduit en 1997 à ce que l'île d'Anjouan se retire provisoirement de l'ensemble comorien. Les accords de Fomboni ont scellé une réconciliation nationale et ont engendré pour la première fois de l'histoire de notre pays, une constitution adoptée par le peuple comorien au suffrage universel direct. A partir d'un tel constat, il n'est pas possible de s'en prendre à cette constitution qui est je le rappelle le choix du peuple comorien sans le mépriser.
Reconnaître cette constitution, c'est reconnaître le peuple comorien au même titre que la respecter c'est respecter le peuple comorien.
Tourner le dos aux accords de Fomboni, c'est tourner le dos à la réconciliation nationale avec toutes les conséquences que cela peut engendrer. C'est pour cette raison que les accords de Fomboni sont déterminants pour l'avenir des îles comores sous une forme unies.
Ridja.blog : Quelles étaient vos relations avec le régime du président azali?
Nos relations avec le régime du président Azali étaient des relations de mise en place des nouvelles institutions avec des hauts et des bas mais sans avoir en aucun moment exposé le pays aux dangers qui le guettent aujourd'hui.
Ridja.blog : Votre évasion n'est-elle pas une façon de fuir vos responsabilités?
Je n'aurais jamais fui mes responsabilités face à des gens responsables qui sont capables ou plutôt qui ont l'honnêteté de respecter la justice du pays. Face à la haine, au non droit et à la mafia gouvernementale, le « sauve qui peut » est la seule solution pour mettre sa vie à l'abri, car il est question de survie d'abord pour pouvoir continuer la lutte.
Ridja.blog : Ne regrettez-vous pas d'avoir chercher refuge à mayotte?
Comment peut-on regretter un refuge sans lequel je n'aurais peut-être jamais preservé la vie et donc tué ? j'avais cru en une justice rigoureuse et équitable pour tous. J'étais trop naif.
Ridja.blog : Est-ce qu'il ya eu une complicité du pouvoir central lors de votre fuite? Si oui laquelle?
Comment peut-on avoir la moindre complicité avec son bourreau ?
Ridja.blog : Que devient mohamed bacar et vos anciens compagnons?
Ils deviennent exactement ce que devient un politicien engagé pendant une période difficile de sa lutte.
Ridja.blog : Pourquoi, ne suivez-vous pas l'exemple de certains hauts dignitaires de l'ancien régime de rentrer au pays comme le docteur naoufal boina, boléro et abou oubeid pour ne citer qu'eux?
Pour libérer son pays de la malfaisance, il en faut ceux qui luttent à l'intérieur de celui-ci et d'autres qui le font à partir de l'extérieur. Moi, j'ai choisi pour l'instant l'option de l'extérieur. L'avenir nous dira si j'ai eu tort ou raison.
Ridja.blog :Il ya 3 semaines, le directeur de cabinet de sambi résumait le bilan de 3 ans et demi à la libération d'anjouan, qu'en pensez-vous? Quel est le vôtre?
Vous avez parlé d'un « résumé » de bilan de Sambi ? Dans ce résumé, a-t-il parlé des 9 mois de salaires non versé dans cette seule année 2009 ? A-t-il parlé de la souffrance atroce que subissent les anjouanaises et les anjouanais ? A-t-il parlé des mensonges incalculables et des promesses faites jamais tenues ?
Il faut être à peu près fou pour oser parler de bilan de Sambi à Anjouan particulièrement et aux Comores en général.
Si aujourd'hui, on est encore dans un système unitaire de pays, c'est grâce à notre bilan au pouvoir à anjouan lorsque pour la première fois depuis 1997, nous avons installé à Anjouan les institutions de l'union des Comores et pris part dans un élan de concorde nationale à ces mêmes institutions à commencer par l'AND et les autres institutions administratives.
Ridja.blog : Est-ce qu'on vit mieux a anjouan aujourd'hui?
Depuis le débarquement mafieux de Sambi à anjouan au mois de mars 2008, les anjouanais vivent un cauchemar dont ils ont hâte de se réveiller.
Ridja.blog : Avez-vous un regret lors de votre passage aux affaires?
J'ai servi mon pays avec honnêteté et dignité malgré les problèmes. S'il fallait recommencer avec les mêmes moyens, je ne vois pas ce que je pourrai faire de plus ou de mieux. Je ne regrette pas mon passage aux affaires bien au contraire j'en suis fier et je lève la tête lorsque je marche dans la rue.
Ridja.blog : Le débarquement était-il légitime?
Vous n'êtes pas sans savoir les mensonges et la malhonnêteté de Sambi qui a trompé les instances internationales pour obtenir l'aide qu'il a obtenue afin de renverser le pouvoir du président Bacar qui était pourtant légitime au regard de la constitution comorienne contrairement au pouvoir actuel qui a été installé de la façon que vous n'ignorez pas et que tous les comoriens avertis n'ignorent pas non plus. Tout ça dans un but précis suivant un plan que Sambi avait fait à l'avance pour pouvoir se maintenir au pouvoir au-delà de son mandat. Est ce que tout ça vous inspire légitimité ?
Ridja.blog : Sambi partira ou ne partira pas en mai 2010?
Il n'a pas l'intention de partir de lui même, que cela soit clair. L'homme n'est pas du genre à respecter la constitution qui l'a porté au pouvoir. Il est du genre à penser que c'est à la constitution de se conformer à ses souhaits et à ses volontés.
Ridja.blog : Que vous inspire la tournante de mohéli?
La tournante de Mohéli est l'affaire de tous les comoriens qui ne veulent pas laisser Sambi réaliser un coup d'Etat qui n'a pas encore dit son nom. La tournante de Mohéli est une étape importante du processus de réconciliation nationale et pour cette raison, c'est également l'affaire de tous les comoriens. La tournante de Mohéli pour beaucoup d'autres raisons est l'affaire de tous les comoriens.
Ridja.blog : Quel regard avez-vous de l'exercice du président sambi?
Du président Sambi, je pense le plus grand mal pour le pays qui court un grand danger et des tas d'autres dangers tous aussi chaotiques les uns que les autres.
Ridja.blog : La citoyenneté économique du président avec l'octroi de passeports comoriens ne peut-elle pas profiter à des groupuscules dangereux?
Cette man½uvre est mafieuse et c'est pour cela qu'elle est dangereuse pour notre pays. Dans la géopolitique de la région et sous-région, avec la présence forte marquée et l'influence des tribunaux islamiques en SOMALIE plus prés de nous, les COMORES sous SAMBI peuvent à tout moment sombrer dans l'intolérance et l'intégrisme. L'opacité financière et budgétaire sont érigées en mode de gouvernement. C'est là une grave menace.
Ridja.blog : Et à propos des législatives (députés et conseillers) dont la campagne vient d'être officialisée?
Si Sambi avait été honnête envers les comoriens, à l'heure qu'il est, ça devrait être les présidentielles dont le premier tour est prévu au mois de mars que nous devrions préparer. Puisque l'homme est malhonnête, il préfère d'abord faire cette mascarade d'élections législatives pour s'octroyer une majorité qu'il aura installée frauduleusement dans le but de son entreprise mafieuse de s'accrocher au pouvoir au delà de son mandat. Tous ceux qui s'y investissent jouent son jeu. C'est pour cette raison que je ne peux pas parler d'élections législatives dignes de ce nom alors que je sais que c'est ni plus ni moins qu'une man½uvre malhonnête de Sambi et son équipe.
Ridja.blog : Un mot sur le crash de l'airbus A310?
Kaa lu inna lillah wa inna ilaïhi raa djioun ne.
Si l'Etat comorien qui a attribué les droits de trafic à la compagnie Yeménia n'avait manqué son devoir de vérification et de contrôle des appareils utilisés par cette compagnie et d'autres qui desservent les COMORES, on n'en serait peut-être pas là.
Si les familles endeuillées avaient été valablement défendues et soutenues, la dignité humaine de l'homme comorien aurait été au moins respectée.
Ridja.blog : Le président sambi évoque des tentatives de déstabilisations en provenance de mayotte, est-ce vrai?
Si je vous dis « non » est ce que vous me croirez ? Et si je vous dis « oui » est ce que je serais un homme sérieux et discret ? NO COMMENT.
Ridja.blog : Dernière question, monsieur le ministre, après le silence, est-ce le temps de la contre-attaque?
Il faut toujours un temps pour réfléchir et un temps pour agir, et très souvent, il faut savoir laisser les choses basses mourir de leur propre poison, disait un éminent politicien français, à propos de la campagne de diversion et de diabolisation que SAMBI a menée sur nous. Merci.
Merci de nous avoir accordé cette entretien, monsieur le ministre. Portez-vous bien.
Propos recueillis par Ahmed ali (ridja.centeblog.net) au profit de "ridja.blog".
AHMED ALI
Source: ridja. centerblog


